Le groupe Figaro est toujours sur le podium, mais seulement médaille d’argent. A-t-il démérité selon vous ?
J-C.T. Non, la filiale du groupe Dassault peut se targuer d’un très bel exercice, et pas seulement parce que son chiffre d’affaires a progressé de 6,5%. Sur tous les fronts, il performe. Ainsi sa diversification dans les voyages, malmenée lors du Covid, a redressé la tête. Le plus important, c’est que selon tous les baromètres, il est le champion de l’audience (très exactement 23,888 millions de lecteurs par mois, selon l’ACPM), tant pour l’information que pour les féminins. Cela montre la pertinence d’avoir racheté le groupe Benchmark il y a déjà dix ans et Gala il y a tout juste un an. Le groupe Figaro parvient non seulement à damer le pion à ses confrères issus de la presse, mais également aux médias audiovisuels. Dans ce contexte, l’intégration réussie de Gala s’avère en parfaite cohérence avec Madame Figaro, ce qui lui ouvre des pistes vers des publics plus jeunes, grâce à ses exceptionnels résultats sur TikTok et Instagram. L’apport du chiffre d’affaires de Gala a compensé la perte issue de sa rupture avec la PQR sur son supplément magazine TV, et l’hebdo dégage une appréciable rentabilité (autour de 25%, NDLR).
Enfin, le groupe Figaro a opté pour une stratégie multicanale en télévision. Sur la TNT déclinante et coûteuse, il se limite à une présence en Ile de France. Partout ailleurs, il s’est positionné sur tous les services de télécommunication ou plateformes. De plus, le Figaro TV contribue à la notoriété des grandes plumes du quotidien, qui sont aussi fréquemment sollicitées par BFM et LCI. En 2024, le groupe s’est aussi installé sur trois sites parisiens : le siège, rue de Provence, appartient au groupe Dassault, mais il est en location boulevard de Caumartin dans un immeuble qui abrite principalement le numérique, et sur la rive gauche (rue de l’abbé Groult) où se trouvent les voyages et Gala.

Marc Feuillée, directeur général du groupe Figaro
Pourquoi le microcosme continue-t-il de manière récurrente à évoquer une cession par le groupe Dassault ?
J-C.T. La qualité des résultats du groupe (en 2024, comme en 2023, il sortira un cash-flow consolidé d’une trentaine de millions d’euros) justifie la satisfaction de son actionnaire dont il faut souligner que la presse est ancrée au plus profond de son ADN. Parmi les milliardaires qui contrôlent des médias en France, ce sont les Dassault qui s’y sont engagés de façon permanente au fil des générations. En 2025, un symbole de cette continuité va se traduire par la nomination d’Eric Trappier, président de Dassault aviation, comme successeur de Charles Edelstenne, qui abandonnera les rênes comme prévu à 85 ans. Cette transition a été minutieusement organisée par lui, en symbiose avec une famille compliquée, voire en rivalités. C’est Serge Dassault, le fil du fondateur (Marcel), qui a imposé cette gouvernance unique avec l’attribution du pouvoir suprême à un régent industriellement légitime, mais également apte à porter une vision stratégique. Avec le temps, la présence de la famille oblige le gérant à composer non seulement avec les trois enfants de Serge (Laurent, Thierry et Marie-Hélène), mais aussi avec Hélèna Meilhan, la fille aînée d’Olivier, décédé accidentellement en 2021. De plus, tôt ou tard, il faudra prendre en considération la douzaine de petits-enfants, presque tous majeurs, aux profils extrêmement variés. A 64 ans, Eric Trappier a presque du sang Dassault coulant dans ses veines, car toute sa carrière s’est faite au cœur du groupe.
Parallèlement président de l’UIMM, l’Union des industries des métiers de la métallurgie, le moteur du Medef, avec sa présence au Figaro, il décuple son influence.
C’est assurément la permanence et la fidélité de son encadrement qui constituent l’une de ses forces majeures et une différence avec ses concurrents. Rappelons que l’interface entre le groupe Figaro et le groupe Dassault, Olivier Costa de Beauregard, à la fois inspecteur des finances et normalien de 64 ans, agrégé d’histoire, ce qui aiguise sa sensibilité à l’information, exerce au rondpoint depuis vingt ans. Quant à Marc Feuillée, il tient avec une habile fluidité la direction générale du Figaro depuis 2011, en ayant un strict souci des comptes dans le respect de la qualité des contenus.
Que signifie pour vous l’arrivée de Reworld média sur la troisième marche du podium ?
J-C.T. Sans la moindre considération péjorative, je qualifierai Reworld média de groupe attrape-tout. Fondamentalement, Pascal Chevalier et Gautier Normand sont des opportunistes qui savent détecter les sociétés dont ils tireront profit de la marque ou de la clientèle. D’une certaine manière, c’est plus un groupe de communication qu’une société de presse, mais ils ont toutefois un vrai goût pour les marques de presse, qu’ils n’hésitent pas à déshabiller journalistiquement pour augmenter leur attrait auprès des annonceurs. Redresseurs de sociétés à la dérive, ils sont indifférents à la réputation que leurs provocations vont engendrer dans le mainstream médiatique. Ainsi font-ils du résultat (26,9 millions d'euros en 2023), ce qui leur vaut les bonnes grâces des investisseurs. Sans complexe, ils aspirent à occuper au plus vite la première marche du podium.
Désormais quatrième du classement, le groupe Sipa Ouest France semble ouvrir une nouvelle séquence de son histoire avec la nomination d'un nouveau patron et l'attribution d'une fréquence de télévision ?
J-C.T. Le groupe breton bénéficie, depuis plusieurs années, d'une illusion d'optique. A Paris, il jouit d'un unanime crédit. La force de sa qualité éditoriale, tout comme sa singulière et vertueuse indépendance, justifie amplement cette réputation sans taches. Sur le terrain, la réalité est différente. Depuis une décennie, les clignotants sont passés à l'orange. La déconfiture de Spir, l'entité de gratuits, pourvoyeuse de généreux dividendes, a été le premier signe. Plusieurs de ses pôles perdent de l'argent. Quant à la gouvernance, elle brille par son opacité. Endetté à hauteur de 140 millions d'euros, le groupe n'a pas les moyens d'investir sans, tôt ou tard, se lier les mains.
Les derniers chiffres explicitent cette situation. Les 536 millions d'euros de chiffre d'affaires (hors produits annexes) se décomposent ainsi : 397 millions d'euros pour Ouest France et ses satellites, 92 millions d'euros pour Publihebdos, renommé récemment groupe Actu, et 52 millions d'euros pour les Journaux de la Loire. Du fait des dépréciations et des frais financiers, les comptes consolidés font apparaître une perte de 13 millions d'euros en 2023, pratiquement au même niveau que celle de 2022. Et le retour dans le vert n'est pas pour 2024. Le seul quotidien Ouest France n'est plus à l'équilibre. Les ventes papier des cinq quotidiens ont reculé de 6,5 % et celles des hebdos de 9 %. Assurément les augmentations, même légères, du prix de vente de titres longtemps restés stables, ont impacté leur consommation. Les ressources numériques n'apportent que 20 % du chiffre d'affaires. Le groupe doit faire vivre 4 700 collaborateurs dont 1200 journalistes. Il va affronter une situation sociale délicate et paradoxale : d'un côté, il faudra réduire les effectifs des journaux ; de l'autre, la télévision à naître embauchera des collaborateurs mieux rémunérés que les journalistes.

Fabrice Bakhouche, nouveau directeur général du groupe Sipa-Ouest France
Pourtant Sipa Ouest France dispose avec Publihebdos d'un joyau.
J-C.T. Malgré le succès, pas vraiment monétisable, d'Actu.fr, qui ne se dément pas avec un nombre de visiteurs mensuels encore en hausse (à 106 millions en septembre 2024, ce qui en fait le sixième site Web d'actualités français), la perle subit aussi le retournement de conjoncture en dépit de sa gestion très serrée. Son résultat d'exploitation a été divisé par deux en dix ans, se limitant à 4 millions d'euros en 2023. De surcroît, la cheville ouvrière de son développement et l'orfèvre de ses innovations, Francis Gaunand, vient de démissionner, à la surprise générale, au terme de dix-huit ans dans le groupe. Sans doute cet esprit libre a-t-il payé son goût de l'autonomie qui l'a privé d'une intégration au directoire. Par décision de son nouveau président, Laurent Gouhier, Publihebdos vient de se baptiser groupe Actu, pour refléter ses ambitions nationales tout en prenant acte de la primauté du numérique sur les journaux.
Pourquoi mettez-vous en cause le contrôle et la gouvernance du groupe ?
J-C.T. L'Association pour le soutien des principes de la démocratie a été voulue par François-Régis Hutin, incontesté Pdg de Ouest France, pour empêcher la prise de contrôle du quotidien par tout prédateur, à l'époque Robert Hersant, le papivore. Elle regroupe des héritiers d'anciens actionnaires du journal et des personnalités issues de la démocratie chrétienne. Elle fonctionne en cercle fermé autour d'une centaine de membres. De rares cooptations ont introduit d'anciens collaborateurs et quelques figures telles le romancier journaliste Eric Fottorino ou l'historien académicien Pascal Ory. Nombre de ces autorités morales, éloignées des médias, ne sont pas en capacité de formuler des options stratégiques. De fait, ils abandonnent le pouvoir au profit des co-gérants de Sipa et du président de l'association, David Guiraud.
A 69 ans, cet ancien manager des Echos puis du Monde est à l'origine de la mise à l'écart de la famille Hutin (surtout de Matthieu Fuchs, l’ex-directeur général) et de la relève de Louis Echelard, 74 ans, par Fabrice Bakhouche, magistrat à la Cour des comptes. Depuis des mois, il avait détecté ce haut fonctionnaire quinquagénaire passé par l'AFP et Hachette livres sans rompre avec les sphères du pouvoir grâce à ses passages en cabinet ministériel. Il est certainement l'œil neuf et avisé dont Sipa-Ouest France avait grand besoin pour redresser ses comptes et se placer sur des rampes de croissance. Pour y parvenir, il lui faudra se doter d'un état-major qui applique sa politique plutôt qu'il n'en réfère à la statue du commandeur qui hante encore les couloirs du siège à Chantepie.
Même si, aidé par son sens de l'ouverture, Fabrice Bakhouche s'impose, en raison de la structure associative, il sera cruellement handicapé pour lever les capitaux nécessaires aux dossiers ambitieux. L'opportune cession de la family office Sofiouest, mal valorisée par Patrice Hutin, rapporterait peu : en 2023, perdant de l'argent, elle ne distribuera pas de dividendes et devra déprécier ou refinancer plusieurs lignes de participation. Unique succès, la vente de Recif a dégagé 5 millions de plus-value.
Le groupe a obtenu cet été de l’Arcom une fréquence de TNT. Que pensez-vous du projet de télévision OF TV, qui verra le jour l’an prochain ?
J-C.T. Sur trois fronts, cet engagement est discutable. En premier, Ouest France se situant sur un marché mature, il lui faut trouver des relais de croissance. Or sur la télévision linéaire, le constat est général, le déclin est programmé. A moins de dix ans, la TNT est condamnée.
Deuxièmement, les quotidiens régionaux peinent à toucher les jeunes. La TNT ne fournit pas la réponse puisqu'elle est regardée par des sexagénaires. En troisième lieu, dénué de la moindre compétence audiovisuelle, Ouest France a imaginé un business plan petit bras qui ne correspond aucunement aux besoins pour faire un minimum d'audience. Et vu sa situation financière, le groupe n'a pas les moyens de tenir jusqu'à l'heure lointaine du point mort. Certes des partenaires intéressés viendront l’épauler. Un soutien avec arrière-pensée est dangereux. Je crains qu'OF TV ne se transforme en un cheval de Troie qui ouvre la porte à une prise de contrôle, lorsqu'il faudra régler l'addition de cette télé qui fait perdre la tête.
Comme Sipa Ouest France, le groupe Ebra recule dans la hiérarchie et n’a pas beaucoup fait l’actualité cette année.
J-C.T. Effectivement, les neuf quotidiens du groupe Ebra, qui diffusent près de 800 000 exemplaires et touchent 16 millions de visiteurs uniques, ont marqué le pas. A l’exception de quelques renforcements de sa filiale Ebra events, il n’y a pas eu d’acquisitions significatives, en dehors de l’arrêt de l’historique Journal des enfants. Philippe Carli, aux manettes depuis un septennat, donne le sentiment de pousser la roche tarpéienne : à peine a-til comblé un trou qu’une fracture supplémentaire surgit. Ainsi dans le plus sain de ses pôles, le Dauphiné libéré, il a dû mettre en œuvre un plan social mal ressenti par les syndicats. Quant aux 1 400 journalistes du groupe, ils ne cessent de manifester leur inquiétude, voire leur hostilité, aux initiatives prises en matière d’IA.
Dans ce contexte de déficit permanent se pose toujours la question de savoir combien de temps l’actionnaire, le Crédit mutuel, acceptera de combler les pertes. En dépit de plus d’un milliard d’euros mis dans Ebra au cours des vingt dernières années, Nicolas Théry, dévoué à Michel Lucas, le consolidateur en un ensemble homogène des journaux de l’Est, avait tenu bon. Il est vrai que sur la même période, le résultat net du Crédit mutuel a plus que doublé, dépassant les 4 milliards d’euros en 2024.
Désormais, l’état-major a changé avec l’arrivée à la présidence du Crédit mutuel de Daniel Baal. Ce pur produit de la banque sait, comme ancien président de la fédération française de cyclisme, que pour gagner, il faut pédaler dur. Il sera donc fidèle à l’héritage de Michel Lucas et continuera un harmonieux tandem avec Philippe Carli qui siège à ses côtés au Comex. Mais âgé de 66 ans, il est prévu qu’il passe la main d’ici à deux ans à Eric Petitgand et Maurice Zirnhelt. Cette nouvelle génération de cadres du Crédit mutuel risque de ne plus avoir le même regard sur l’implication de la banque dans des journaux dont le potentiel sera encore plus incertain.
Philippe Carli, aujourd’hui âgé de 64 ans, ne sera-t-il pas tenté, à moyenne échéance, de se consacrer à ses vins de la Loire qu’il chérit tant. Heureusement, il s’est entouré d’une solide équipe composée de Laurent Couronne à Strasbourg, Christophe Mahieu à Nancy, Pierre Fanneau à Lyon, et Christophe Victor à Grenoble, qui pourrait faire figure de dauphin. N’oublions pas l’historique Rémy Ramstein auquel incombent les missions de rationalisation industrielle, et Gilles Corbineau qui dynamise les offres marketing tout en étant parallèlement le coordinateur de Diverto.
|| L’équilibre en 2027 pour Ebra ||

Pour Ebra, l’exercice 2021, qui avait marqué un retour à l’équilibre après des années de pertes, sera resté une exception. L’inflation et la déterioration de la situation économique en France, associées à une accélération de la baisse des diffusions de la presse (le groupe édite neuf quotidiens : le Progrès, le Dauphiné libéré, le Bien public, l'Est républicain, le Journal de Saône et Loire, Vosges matin, les Dernières nouvelles d’Alsace, l'Alsace, le Républicain lorrain), un recul des recettes publicitaires et une hausse des coûts, notamment du papier, ont eu raison des efforts de gestion menées par son président, Philippe Carli.
Lors d’une réunion du comité de groupe, organisée le 7 novembre dernier, il aurait annoncé, selon les syndicats, la mise en place, l’an prochain, d’un nouveau plan de transformation. « La chute continue des revenus historiques d’Ebra impose des changements structurels pour assurer la pérennité du groupe, leur aurait-il dit. Nous ne pouvons pas continuer à ce rythme avec des ventes de journaux en chute de 8 % par an. Sinon, en 2027, nous allons terminer dans une situation que nous n’avons pas du tout envie de connaître ». Une douche froide pour les salariés, mais aussi l’actionnaire du groupe, le Crédit mutuel, qui avait procédé l’an dernier à une recapitalisation de 458 millions d’euros, qui avait permis, pour les deux tiers, de rembourser la dette, d’effacer les comptes courants associés et de remettre le capital social dans le vert, et pour le dernier tiers à soutenir le développement futur.
Les meilleures entreprises de presse connaissent une croissance modérée de leur chiffre d’affaires. Pourquoi le groupe Amaury enregistre-t-il un bond inédit ?
J-C.T. Unique société diversifiée depuis des décennies, le groupe Amaury récolte les fruits de son investissement sur tous les fronts du sport en s'appuyant sur quatre piliers : print, digital, télévision et data. Avec l'Equipe, il détient le seul quotidien parisien authentiquement national. Surtout, à partir de sa maîtrise du tour de France, il a bâti Amaury Sport organisation, un exceptionnel développeur d'épreuves sportives hors stade. Désormais, ASO réalise les trois quarts du chiffre d'affaires du groupe (321 millions d'euros) et l'essentiel de son résultat. C'est la machine à cash à l'origine du quasi demi-milliard d'euros de trésorerie dont dispose le groupe, l’assurance vie de son indépendance comme de sa pérennité. Si l’Equipe se veut seulement le quotidien sportif de référence national, ASO n'a cessé de s'internationaliser avec, notamment, le Dakar migrant de l'Afrique à l'Arabie saoudite en passant par l'Amérique du sud, ou la reprise de la Vuelta, le tour d'Espagne cycliste. Plus que jamais, ASO constitue le moteur économique du groupe. Sa forte croissance en 2023 va s'accentuer cette année, ASO ayant su bien se positionner comme un indispensable prestataire des Jeux olympiques de Paris.
Pour Amaury, le millésime 2024 sera celui du siècle. Même le quotidien l'Equipe a renoué avec les bénéfices (5,2 millions d’euros). Il a accéléré son passage d'une vente papier à une diffusion numérique. Grâce à la remontée des taux, il va engranger de confortables produits financiers. Sous le regard attentif et bienveillant de l'octogénaire présidente, Marie-Odile Amaury, la direction générale du groupe est harmonieusement assurée par Aurore (50 ans), parallèlement présidente de l'Equipe, et Jean-Etienne (47 ans), chairman d'ASO, l'un et l'autre détenteur de l'intégralité du capital du groupe.
Ce trio ne considère point que l'on doit se reposer sur les résultats présents mais qu'il faut déjà préparer l'avenir en se positionnant sur des pistes prometteuses. Ainsi, au fil des ans, dans l'absolue discrétion qui est la marque de fabrique de la famille, le groupe a investi une petite centaine de millions d'euros dans des fonds financiers, notamment Elaia Partners de Xavier Lazarus, très performant sur les deep tech startup, et près d'une cinquantaine de millions d'euros dans le secteur de l'éducation, un métier plus directement compréhensible par des éditeurs que les technologies. L'Equipe est le seul quotidien qui a réussi une percée en télévision sur la TNT. Pour enfin parvenir à un petit équilibre, la chaîne a exigé une résistance à toute épreuve et surtout près de 200 millions d'euros d'investissements. Avec le si convoité Ballon d'or de France football, organisé en partenariat avec l'UEFA, une fois par an, les audiences de la chaîne explosent. La dynastie espère enfin stabiliser le management opérationnel pour préparer le terrain à la quatrième génération dans plus d'une décennie. Ainsi vient-elle de recruter l'ancien patron de Prisma média, l'allemand Rolf Heinz.

Pierre Louette, Pdg du groupe les Echos-le Parisien
Le groupe les Echos-le Parisien fait aussi partie des groupes en croissance.
J-C.T. Depuis son arrivée à la tête du groupe en 2018, Pierre Louette a inscrit la principale filiale médias de Bernard Arnault dans une logique de croissance. Ces derniers mois ont été conformes à la règle. Historia et Pour l’éco sont venus enrichir la gamme des titres, et la participation dans le très déficitaire Challenges prépare l’arrivée d’un grand hebdomadaire économique pour le jour où son fondateur, Claude Perdriel, 98 ans, voudra passer la main. Pierre Louette a su s’entourer d’une garde rapprochée aussi discrète qu’efficace, avec Bérénice Lajouanie aux Echos, Sophie Gourmelen au Parisien et Corinne Mrejen à la régie et aux ressources transversales. La nomination de Mathieu Gallet comme président du conseil de surveillance des Echos a favorisé l’apaisement d’une crise à la direction éditoriale du quotidien économique. En faisant adouber par l’actionnaire et la rédaction le polyvalent Christophe Jakubyszyn (un Essec de 57 ans qui a passé 13 ans au Monde et plus d’une décennie dans les chaînes d’info LCI et BFM), il a fait entrer dans le jeu un réformateur qui, fort de son expérience audiovisuelle et de sa maîtrise des fondamentaux de la presse, sait bousculer des codes qu’il maîtrise parfaitement en remobilisant près de 250 journalistes.
Même si le groupe n’a pas intégré Paris match, les retombées de cette acquisition seront positives pour lui dès 2025, car il va lui facturer de nombreuses prestations de back office. Cette organisation présente aussi l’avantage d’éviter des interférences entre les titres des deux groupes, à un moment où Antoine Arnault semble désireux de s’intéresser à l’adaptation du contenu de Paris match aux attentes des marques de LVMH.
Redevenu président de l’Alliance, Pierre Louette est apprécié par la profession pour ses incessants combats menés hier sur les droits voisins, et aujourd’hui sur l’intelligence artificielle, en harmonie avec Pierre Petillault, le directeur général de l’organisation professionnelle. Ces batailles aux enjeux financiers importants devraient permettre à Pierre Louette, 62 ans, d’échapper au jeunisme qui sévit actuellement chez LVMH après la mise en retrait de Nicolas Bazire.
|| Webedia se dote d’une régie publicitaire ||
Le groupe Webedia a regroupé, le mois dernier, ses activités de régie publicitaire au sein d’une seule et même structure, Webedia advertising, accompagnée de la signature Créateurs d’envie(s). Sa mission est « d’embarquer les marques dans les contextes premium de l’entertainment et des loisirs, qui sont révélateurs de désirabilité et d’envie, notamment auprès des cibles jeunes », explique Céline Trancart, directrice générale adjointe en charge de la régie publicitaire, dont l’objectif est de simplifier l’offre et la proposition de valeur du groupe auprès des annonceurs et de leurs agences. Webedia advertising va jouer la complémentarité entre la vingtaine de marques média et sociales puissantes dans les univers du divertissement et des loisirs (dont Allociné, Jeuxvideo.com, 750g, Dr Good, Epicurieux, Purepeople, Puremédias, Purecharts, Terrafemina, Purebreak, easyVoyage, l’Automobile magazine ou le10sport) et ses activités d’influence et de production pour apporter des réponses uniques et unifiées aux enjeux de communication des marques, en jouant sur tous les registres : display, vidéo online, programmatique, data, influence, brand content, production et opérations spéciales. « Webedia est présent sur tous les écrans digitaux, du smartphone à la TV connectée, avec des contenus au contexte et à la résonance ultrapuissants, de Kaizen à Allociné, en passant par Popcorn et 750g, souligne Céline Trancart. Le point commun entre toutes ces marques fortes et productions premium est la place toujours plus affirmée de l’entertainment comme valeur refuge pour les communications des marques et la capacité de Webedia à les y associer de façon puissante et positive ».